Lancer sa startup pendant ses études : interview d’HEXA Surfboard

Par 25 septembre 2019Etudiant-Entrepreneur

De plus en plus de jeunes en études supérieures font le choix de développer leur start-up  parallèlement à leur formation. C’est le cas de Léo Bouffier, passé par le Centre d’entrepreneuriat de l’X après avoir remporté le concours « Saclay Pitch Fight Green Tech ». Nous avons rencontré ce jeune entrepreneur qui a fondé la startup HEXA Surfboard avec son ami d’enfance Sylvain Fleury, une marque de surf éco-responsable qui repense la manière de fabriquer et de distribuer les planches.

Ce qui a poussé les deux associés à lancer leur start-up, c’est avant tout un constat simple : aucune planche sur le marché n’était en phase avec les attentes et les valeurs des surfeurs. Tout d’abord sur le plan environnemental : en moyenne, la fabrication d’une seule planche de surf émet 6 kilogrammes de déchets toxiques rejetés dans la nature. Ensuite, parce qu’il est difficile de trouver une planche personnalisée et adaptée à sa pratique.

Pour répondre à ces freins, la start-up a fait le choix de passer par des technologies de pointe – dont l’impression 3D notamment – qui lui permet d’exploiter du plastique recyclé dans les océans. Les planches d’HEXA Surfboard peuvent ainsi être développées dans un matériau écoresponsable, se substituant aux ressources polluantes traditionnellement utilisées telles que la résine ou le polyuréthane. L’impression 3D permet également d’apporter un haut niveau de personnalisation aux planches, qui s’adaptent par exemple à la morphologie du surfeur ou au type de vagues surfées.

La force de la communauté

C’est après avoir réalisé sa dernière année à l’ENSTA en entrepreneuriat que Léo Bouffier a pu intégrer avec Sylvain Fleury le programme de l’X en remportant le concours « Saclay Pitch Fight Green Tech« . Le centre leur a ainsi permis de bénéficier d’un accompagnement sur la phase de prototypage de leur projet.

Les fondateurs d’HEXA Surfboard ont pu être accompagnés par la responsable de l’espace de prototypage et un expert en modélisation 3D pour designer, utiliser les logiciels et être formés à l’impression 3D. “Nous sommes arrivés avec notre planche de surf avec la peur de ne pas être pris au sérieux et que notre solution ne réponde à aucun enjeu technologique particulier. Je ne suis pas polytechnicien mais j’ai été accueilli à bras ouverts sur toutes les écoles du plateau de Saclay. Et nous avons sans aucun doute bénéficié du meilleur enseignement imaginable sur l’impression 3D”, raconte Léo Bouffier. Grâce aux ressources mises à disposition, les deux jeunes entrepreneurs ont très rapidement pu prouver la faisabilité de leur projet en le testant dans des conditions d’une production à grande échelle.

Pour Léo Bouffier, une des grandes forces du Centre d’entrepreneuriat de l’X réside dans la confiance apportée aux étudiants : “D’abord, on te forme aux principes de base sur des petites machines puis au fur et à mesure sur des machines plus complexes. Après 4 mois d’utilisation, on était devenu les experts de la machine et même les référents du centre”. D’autre part, les dimensions de partage et de communauté y sont selon lui omniprésentes, les startups n’hésitant pas à interagir entre elles pour partager des compétences, des expertises sur des produits, etc. Léo Bouffier a ainsi pu apporter sa vision d’ingénieur à la structure tandis que d’autres profils lui ont apporté d’autres éléments complémentaires et même fondamentales dans l’élaboration de leur prototype. “Nous nous sommes beaucoup faits challenger par des profils éloignés du nôtre, comme par des designers par exemple”, raconte l’entrepreneur.

Léo Bouffier nous confie également que les résidents du centre n’ont pas peur de partager leurs idées : “Je me souviens par exemple avoir partagé au centre des codes que nous avions développés nous-mêmes sur des imprimantes 3D, qui continuent aujourd’hui d’être utilisés au sein de l’espace de prototypage”.

Sortir de sa zone de confort

Pour Léo Bouffier, lancer son projet pendant ses études n’est pas une prise de risque. Au contraire, il s’agit d’un véritable tremplin. “On a appris beaucoup plus de choses en 6 mois à plein temps sur ce projet que dans des stages de césure plus classiques. Et ce, dans des domaines très variés”, explique-t-il. Pour lui, de nombreux dispositifs – subventions, concours, etc. – existent pour pallier aux éventuels problèmes de financement. En plus de cela, le statut d’entrepreneur apporte selon lui des avantages indéniables, y compris lorsqu’on est encore étudiant. “Nous avons pu entrer en contact facilement avec des personnes influentes de nombreuses entreprises et ce, dans un temps très court. Si j’avais continué sur un parcours plus classique et théorique, il m’aurait fallu 5 ans avant de me constituer un réseau”, précise l’ingénieur.

En revanche, s’il devait citer un piège à éviter, c’est celui de passer beaucoup de temps sur un produit et son développement pour se rendre compte finalement que personne n’est intéressé. Il est d’après lui impératif de sortir de sa zone de confort en confrontant directement son produit à ses potentiels utilisateurs : “Dans le cadre de notre projet, nous sommes régulièrement allés au contact de surfeurs, dans le sud-ouest et ailleurs, pour obtenir des feedbacks avant même de lancer nos prototypes”, nous explique Léo Bouffier. Il est selon lui important de garder l’esprit ouvert et ne pas rester trop scolaire dans ses démarches : “Quand tu es étudiant, tu es habitué à énormément écouter tes profs. Dans des filières entrepreneuriales, tout le monde aime donner son avis sur tout. Il faut faire attention à prendre différents points de vue pour pouvoir se faire sa propre idée ensuite”.

Les pistes de développement actuelles d’HEXA Surfboard se concentrent aujourd’hui sur des optimisations en terme de recyclage. D’une part pour la fabrication des planches : Léo Bouffier et son équipe travaillent sur des solutions “pour sourcer localement du déchet plastique, le trier, le faire fondre, et le transformer en bobine d’impression 3D. D’autre part, et à terme, sur le recyclage des planches elles-même : “si par exemple, le surfeur change de niveau ou a détérioré sa planche, nous la récupérons, la recyclons et lui donnons en échange un coupon de réduction”, précise Léo Bouffier. Les deux jeunes entrepreneurs devraient lancer prochainement leurs deux premières usines : une en France et une deuxième en Californie, terre de surf incontournable.