InBolt : rendre l’outillage intelligent

Par 24 juillet 2019Parcours d'Entrepreneur

[Rencontre avec] Louis Dumas, diplômé du master X-HEC Entrepreneurs 2019 et CTO d’Inbolt, startup qui développe ses premiers prototypes au sein du X-Fab du Centre d’entrepreneuriat de l’X

Présentez-vous / Quel a été votre parcours ?

Louis Dumas, je suis CTO d’InBolt. Je sors du Master X-HEC Entrepreneurs et avant cela j’étais à ISAE-SUPAERO.

Le déclic ?

Lorsque j’étais à ISAE-SUPAERO, je voulais exprimer ma créativité et pas forcément travailler dans une grosse entreprise. Je suis issu du plateau de Saclay,  j’ai fais mon lycée à Massy et ma prépa à Orsay. Après deux années à Toulouse, c’était avec plaisir que je revenais pour entrer à l’X. En 1ère année de master à l’X, j’ai fait du machine learning (technologie d’intelligence artificielle permettant aux ordinateurs d’apprendre sans avoir été programmés explicitement à cet effet) ce qui m’aide beaucoup pour mon projet actuel et ensuite j’ai fais un stage chez Predictus, une entreprise de microcrédit, où j’ai réalisé leur algorithme de crédit scoring sur des données mobiles. J’étais leur 1er data scientist (expert de la gestion et de l’analyse pointue de données massives (« big data »)) donc j’étais très libre dans mon travail, j’ai pu découvrir le monde des startups, tester des choses et avancer. Pouvoir tester rapidement et facilement sans avoir une hiérarchie à convaincre m’a donné le déclic : je voulais m’affranchir des contraintes du salariat, gérer mon temps, les développements, la stratégie, …

Inbolt : le pitch ?

On conçoit un module à placer sur n’importe quel outil manuel et dont l’objectif va être de suivre la position en temps réel du module et donc de l’outil. Cela va nous permettre d’être capable de garantir que l’outil a bien effectué toutes les tâches qu’il devait faire, ce qui est très utile dans les processus industriels. Par exemple, on peut savoir si l’opérateur qui avait 200 boulons à serrer sur son panneau de satellite n’en a oublié aucun, les a serrés dans le bon ordre et tout ça en temps réel. Cela permet à son manager de savoir où est-ce qu’il en est dans le processus, de vérifier que l’opérateur n’oublie rien et derrière enlever le contrôle qualité qui bloque la production et qui coûte assez cher. On augmente la rapidité de l’opération car on donne aussi des informations à l’opérateur et un gain de fiabilité et de numérisation qui est très important. On cible le secteur aérospatial car les critères de qualité y sont les plus importants et les industriels passent beaucoup de temps à faire du contrôle qualité. S’il n’y a pas de contrôle qualité, des erreurs peuvent arriver car l’opérateur est humain (penser visuellement qu’une vis est serrée alors que non, …). Avec notre solution, on numérise tout ce processus et on arrive à enlever les contrôle qualité qui prennent du temps et qui coûtent cher.

Comment vous est venue l’idée ?

L’idée nous est venue lors de notre master Au début du cursus, il y a la mission création où le principe est de faire du design thinking :  on va passer une semaine dans un endroit aléatoire avec des personnes que l’on ne connaît pas : c’est là où j’ai rencontré mes associés. On est partis chez Transdev (qui fait de la maintenance de car) et on s’est rendus compte que les opérateurs qui faisaient la maintenance n’étaient pas forcément précautionneux de tous leurs processus. En effet, les processus manuels sont complexes et dur à contrôler. Dans le cadre de la mission création, nous sommes ensuite allés voir des industriels de l’aérospatial et de l’automobile,  où on s’est rendus compte que le problème était également présent. Une fois qu’on avait identifié le problème, on a pu réfléchir à comment on pouvait le résoudre. La meilleure solution est de suivre la position de l’outil pour savoir si tout a été bien fait. En décembre, nous avons trouvé la technologie que nous allions utiliser et qui est essentiellement basée sur de la vision. Suite à cela, nous avons pu partir 4 mois à Berkeley, dans le programme Learn 2 Launch. Cela nous a permis de nous remettre en question sur qui sont nos clients, est-ce-que nous adressons un vrai problème, est-ce qu’il valait le coup de le résoudre et nous permettre d’élargir le scope. Nous sommes arrivés en se disant que nous devions nous concentrer sur le secteur aérospatial puis suite au coaching de Berkeley, nous avons vus que tous les processus manuels dans l’industrie manufacturière sont concernés, ce qui en fait un problème majeur. Nous avons aussi appris à mieux pitcher, c’était donc une expérience très intéressante.

Votre plus grande réussite ?

Nous avons eu plusieurs réussites depuis le début de l’aventure. Tout d’abord, nous avons gagné le concours Petit poucet, très tôt dans notre parcours. Nous avons eu la chance de parler avec beaucoup d’industriels : Ariane, Safran, la NASA, Airbus (on est suivis par leur CTO !), Boeing, Tesla, Renault, PSA, des outilleurs … On va signer plusieurs PoC (proof of concept). Notre plus grande réussite, c’est qu’Albane, notre COO, issue d’HEC Grande École, avait une offre en M&A chez Goldman Sachs en CDI, mais elle l’a refusée pour rester avec nous !

Les prochaines étapes ?

Nous partons à Shenzhen pour miniaturiser le prototype et faire en sorte qu’il soit utilisable par les opérateurs. Nous avons aussi recruté notre premier stagiaire il y a deux semaines qui travaille sur la partie tech ! Ensuite, nous serons en France pour délivrer les PoC puis on passera sur des MVP (minimum viable product) où les industriels pourront garder et tester notre module plus longtemps. On espère lever 500 000 euros d’ici septembre/octobre répartis entre la BPI, WILCO et des BA pour notre 1er tour de table. Nous lèverons ensuite un seed en mai 2020. De manière générale, on continue à faire évoluer la technologie et commencer l’industrialisation soit en France soit en Chine, d’où le fait qu’on aille à Shenzhen tester et avoir les conseils du HAX (le plus grand accélérateur au monde  spécialisé dans le hardware et les objets connectés).

Comment imaginez-vous Inbolt dans quelques années ?

Nous souhaitons être “Leader in human centered IOT” donc être l’objet le plus utilisé et apprécié par les opérateurs dans l’industrie. Dans 3 ans, l’objectif est d’avoir une quinzaine de sites de productions de clients grands comptes, dans l’aérospatial essentiellement et répartis en Europe. Nous souhaitons commencer l’internationalisation avec les U.S  et nous diversifier dans d’autres secteurs (ferroviaire, automobile, naval).

Une entreprise qui vous inspire ?

Dreem, car ce sont des anciens du master qui passent du temps à nous coacher, Ils font du hardware et ne nous ont jamais dit que c’était difficile ! Il y a David Zhang, l’ancien CTO de Prynt qui nous a conseillé pour le HAX, pourquoi y aller ou pas, comment réussir les entretiens, … Il y a aussi beaucoup de startup sorties du master X-HEC Entrepreneurs : on s’en inspire et on discute énormément et sans filtre avec eux que ce soit pour notre BP, nos choix stratégiques, les recrutements, les BA… Ils passent du temps à nous donner des conseils pour réussir. Hinfact nous donne aussi beaucoup de conseils car ils ont 8 mois d’avance avec nous sur nos problématiques et donc cela est encore assez frais dans leur tête.

Dites-nous-en plus sur votre expérience au sein du X-Fab et en quoi celle-ci a permis à votre entreprise d’évoluer ?

J’ai commencé à prototyper au X-Fab (l’espace de prototypage du Centre d’entrepreneuriat de l’X)  dans le cadre d’un cours de la 1ère année du master Innovation et Entrepreneuriat de l’Ecole polytechnique. On devait faire un objet, j’ai fait un bouton connecté et j’ai eu accès à des conseils pour l’impression 3D et l’électronique. Depuis le retour de Berkeley, j’utilise les imprimantes 3D sur lesquelles Gareth (l’un des Fab Manager) m’a beaucoup aidé à choisir les paramètres et m’a sauvé pas mal d’impressions ! Il y a beaucoup de machines et matériel à disposition sur place, c’est un vrai plus et il n’y a peu d’attente, tout va beaucoup plus vite. J’ai pu utiliser toutes les imprimantes ici, chacune a sa spécificité et c’est rare de retrouver une telle diversité. Côté électronique, le matériel est aussi intéressant. En plus, on peut venir y travailler 24/24 !

En un mot, si vous deviez qualifier votre expérience au sein du Centre d’innovation de l’X ?

En un mot, c’est complet : il ne manque rien niveau machines et  l’accompagnement est super car l’équipe du X-Fab prend le temps de nous expliquer comment fonctionnent les différents outils.

Quel type d’entrepreneur êtes-vous ?

Je suis plutôt un hacker/maker. Quand je suis face à un problème, je vais essayer de trouver des détours pour répondre au besoin, un peu à la manière “quick and dirty”.

Les compétences pour entreprendre ?

Tout dépend de la typologie de son entreprise. Je remarque qu’on a beaucoup tendance à réfléchir à une idée plutôt que de la confronter rapidement au marché. Il faut y  aller à fond, quitte à se crasher le plus vite possible, puis recommencer. Il ne faut pas avoir peur car au pire on rate et on pourra recommencer. La clé. c’est surtout l’équipe. Nous nous sommes rencontrés au cours du master X-HEC Entrepreneurs : Rudy Cohen est le CEO d’InBolt, il a fait l’ENS Cachan (Génie des matériaux), il a une bonne connaissance de la recherche, très curieux, bon en gestion, en management, il est aussi devenu un très bon ami. Albane est COO, elle s’occupe de la partie sales & marketing (démarchage, call, réunions, démo, etc). On a une bonne communication dans notre équipe, on est bien alignés sur la vision et c’est une bonne chose. Il n’y a pas de non-dits et donc tout fonctionne bien.

L’entrepreneur que vous souhaiteriez être dans quelques années ?

Je ne sais pas si je re monterais une autre boite, je ne sais pas encore trop ce que je ferais. J’ai d’autres trucs qui me plaisent comme la menuiserie ou le bricolage. En tout cas, j’aimerais faire quelque chose de mes mains car c’est un peu plus humain et terre à terre.

Votre credo ?

Volontaire ! Être motivé, à fond et toujours être là pour aider.

Si vous pouviez donner un conseil à l'entrepreneur que vous étiez il y a quelques années ou même quelques mois ça serait lequel ?

Essaye plus tôt et vois si ça marche ! Il y a pas mal de projet entrepreneuriaux à Supaéro où j’aurais pu coder et tester rapidement l’idée. Maintenant, je me dis que j’aurais pu aller un poil plus loin. Je me dirais aussi qu’il faut avoir moins peur de parler à des clients tôt. C’est mieux d’aller discuter avec tes clients pour comprendre leurs problèmes, même si on a pas de produit à leur montrer.

Le meilleur conseil qu’on vous ait donné ?

Professionnellement : teste tout et trouve un moyen propre de tester : fais des expériences (que ce soit business ou technologique) pour se rendre compte rapidement si tu avances dans la mauvaise direction. Personnellement : Fais ce qu’il te plaît, ne fais pas une boite parce que tu as trouvé un problème qui fonctionne bien mais fais le parce que tu es prêt à bosser sans compter tes heures parce que c’est ta passion. En résumé, il faut faire les choses qui nous tiennent à coeur. Je me dirais aussi qu’il faut avoir moins peur de parler à des clients tôt. C’est mieux d’aller discuter avec tes clients pour comprendre leurs problèmes, même si on a pas de produit à leur montrer.

Le pire conseil qu’on vous ait donné ?

« Le hardware c’est difficile, n’en fais pas » : Ce sont souvent des entrepreneurs de ce milieu qui nous le disent. Et quand c’est un entrepreneur qui pèse 200 millions qui te dit ça, c’est dur. C’est certes difficile mais il y a un objet physique construit, ce qui à mon sens est beaucoup plus gratifiant qu’un logiciel. De manière générale, ce n’est pas si dur, il faut savoir être astucieux et résilient ! Je pense que cela décourage beaucoup de gens, surtout ceux qui n’ont pas un background technique. Moi en tant qu’ingénieur je sais que c’est dur mais il n’y a rien d’insurmontable. On te dit tu n’arriveras jamais à lever des fonds, que les grand groupes font plus rapidement et moins cher … en attendant, on avance, on fait nos prototypes et les grands groupes ne font pas ce que l’on fait !