Skip to main content

Le mentorat selon Stéphane Roecker

Dans le cadre de son programme X-Up, l’incubateur et accélérateur de startups de l’École polytechnique propose à chaque startup de se faire accompagner par un ou plusieurs mentors.

Un mentor est une personne qui grâce à son expérience, est en mesure d'offrir une orientation, un éclairage et des conseils. Il ne donne pas de réponses, mais aide à les trouver, peut parfois être juste là pour servir de modèle, peut montrer l'exemple à travers sa carrière, ses relations, ses expériences plus globalement, etc. Pour conclure, il est là pour inspirer et faire découvrir aux entrepreneurs leurs défis

Afin d’illustrer au mieux ce rôle, Stéphane Roecker se livre aujourd’hui sur son rôle de mentor.

Quelles ont été les étapes clés de votre parcours pour en arriver à cette expertise ?

A ma sortie d’école de commerce, j’ai tout simplement été porté par les opportunités qui se sont présentées. Après un VSNE (Volontaire du Service National en Entreprise) en Allemagne au sein de la société Clemessy (Groupe Eiffage), je suis devenu rapidement directeur financier puis directeur général adjoint d’une société de 300 personnes. Finalement, je suis resté à Munich plus de 8 ans en rejoignant par la suite l’équipementier automobile VALEO. 

Un tournant dans mon parcours a été mon retour sur les bancs de l’école à 36 ans pour suivre l’Executive MBA de HEC Paris. J’ai pris conscience que j’appliquais les bonnes pratiques de manière intuitive.

J’ai eu la chance tout au long de mon parcours professionnel de participer à 2 LBO (Leverage Buyout ou reprises d’entreprises par effet d’endettement) avec des fonds d’investissement : dans le 1er en tant que directeur financier, dans le second en tant que directeur général.

Avant de créer ma propre activité de conseil en 2015, j’ai été membre du Comité exécutif de Knauf Industries, un leader mondial de l’emballage de 300 millions € de CA avec un périmètre d’activités de 48 usines et 2000 collaborateurs dans le monde.

J’ai tendance à dire que je suis un financier qui a mal tourné : je suis passé de la finance, aux opérations puis à la stratégie.

Aujourd’hui, mon activité couvre essentiellement le conseil aux entrepreneurs sur les aspects business, la recherche de financements ainsi que l’accompagnement de dirigeants dans les boards.

 

Quels sont les freins et les défis auxquels vous avez dû faire face sur l'ensemble de votre carrière ?

J’ai évolué dans des secteurs très exigeants et en forte mutation. Les principaux défis auxquels j’ai été confronté étaient essentiellement de 2 ordres :

  • Concevoir et mettre en œuvre des stratégies ambitieuses
  • Faire adhérer les équipes et réussir leur montée en compétences ; tout seul, on n’est pas grand-chose

 

Que représente pour vous l'entrepreneuriat ?

Pour moi, l’entrepreneuriat est associé à l’idée de création de richesse et d’emplois : créer des nouvelles technologies, de nouveaux produits et services.

Pour ce faire, il est nécessaire que des personnes initient, conduisent et soient responsables en ultime ressort de l’échec ou de la réussite d’un projet : ce sont les entrepreneurs.

 

Quel type d'entrepreneur êtes - vous ?

J’ai investi dans 13 entreprises technologiques et j’ai été le Président-fondateur d’un fonds d’investissement avec 35 business angels. J’ai eu la chance de rencontrer des « entrepreneurs visionnaires » : ce sont ces entrepreneurs que j’accompagne au quotidien. Je me considère plutôt comme un entrepreneur manager.

Il y a de fortes similitudes entre les startups en phase de scaling et les situations de LBO auxquelles j’ai participé, avec la différence qu’en phase de LBO, vous agissez sous la contrainte primaire de devoir rembourser vos banquiers.

 

Qu'est-ce que vous avez appris pendant votre parcours d'entrepreneur au sens large ?

Il faut avoir les pieds dans les palettes et la tête dans les étoiles : être pragmatique mais avoir une ambition. Il est nécessaire de veiller à l’exécution opérationnelle, qui peut primer sur la qualité du plan stratégique.

 

Quels conseils dans le domaine de l'entrepreneuriat vous donneriez aux porteurs de projets/start-ups et quels conseils nous avons l'habitude d'entendre avec lesquels vous ne seriez pas d'accord ?

Tout d’abord, j’encourage vivement les entrepreneurs à s’entourer d’une dream team très tôt, tant au niveau exécutif que non exécutif.

J’invite également à aller le plus vite possible dans le déploiement ; attention « the world never sleeps » !

J’entends trop souvent des conseils génériques prodigués sur des thèmes pointus, ce que j’appelle les brèves de comptoir. S’ils peuvent être utiles pour débroussailler des thèmes complexes, ils peuvent malheureusement aussi renforcer certains biais cognitifs chez des entrepreneurs au détriment de leur projet.

On ne s’improvise pas expert, on le devient essentiellement par la pratique et l’expérience.

 

Avez-vous une expérience significative à nous partager ?

A titre professionnel, j’ai été particulièrement marqué par mon expérience chez DEMAG où nous avons augmenté les ventes de 600 millions à plus d’un milliard d’euros en 4 ans pour finir par une introduction en bourse.

Nous étions en mode lean startup avec des équipes brillantes et une collaboration étroite avec notre actionnaire de référence, le fonds d’investissement KKR. J’en garde un excellent souvenir.

 

Quels conseils donneriez-vous aux start-ups dans leurs relations aux corporates ?

Je pense qu’il faut allier exigence et professionnalisme : exigence vis-à-vis des corporates et professionnalisme envers vous-même.

Pour ce faire, vous ne devriez engager des relations que sur des bases saines, en veillant à l’alignement des intérêts. C’est souvent un point qui n’est pas suffisamment traité par les startups.

N’hésitez pas à saisir les opportunités en ayant conscience de la valeur de ce que vous apportez !

 

Quelles sont les missions d'un mentor, selon vous ?

Je dirais que la mission primaire est de contribuer à l’atteinte des objectifs que se fixe l’entrepreneur.

Pour y arriver, le mentor doit être capable de challenger, d’étendre le champ des possibles et de faire travailler les équipes au maximum de leurs capacités.

Dans mon activité, et du fait que je travaille avec des partenaires de secteurs d’activités variés, j’agis aussi en tant que connecteur de concepts et de technologies.

L’objectif ce n’est pas de vous rendre dépendant mais de vous rendre indépendant.

 

Avez-vous déjà été mentor ou mentoré et quels sont vos retours à ce sujet ?

J’ai moi-même été mentoré dans le cadre d’un projet MIT Bootcamp sur le traitement de l’hyperactivité pendant plusieurs mois.

J’ai été agréablement surpris par les effets directs ou à retardement des discussions avec notre mentor. Il a su notamment nous faire prendre conscience d’améliorations possibles dans notre proposition de valeur et nous donner les outils pour progresser.

 

Avez-vous déjà participé à un programme d'incubation ? Quels conseils vous donneriez aux startups pour optimiser ce parcours ?

Je vis les programmes d’incubation de mes clients par procuration, notamment les programmes HEC incubator, ICM à (StationF) et Wilco à Paris.

Je pense que le gisement d’opportunités pour chaque entrepreneur est important, tant sur les aspects clients, partenaires industriels et commerciaux que recrutement de talents.

Il y a un dosage subtil à trouver, entre les activités volontaires au sein d’un programme et l’avancée de son entreprise.

 

Que pensez-vous de l'innovation en France ?

Je pense qu’il y a un décalage entre l’excellence scientifique de la recherche française et sa trop faible contribution aux mondes économique et sociétal. Je vois encore trop d’entrepreneurs qui, pour passer à l’échelle, vont à l’étranger, ou doivent aller chercher des financements hors Europe.

Je suis cependant optimiste car les choses bougent dans le bon sens, en France mais aussi au niveau européen.

 

Qu'est-ce qui vous passionne le plus ?

Je suis passionné par la transformation actuelle du monde, les nouvelles possibilités que découvrent des entrepreneurs visionnaires et comment ces derniers façonnent le monde de demain.

 

Un leitmotiv qui vous est moteur au quotidien ?

Pour ce qui est de l'avenir, il ne s'agit pas de le prévoir, mais de le rendre possible.  - Antoine de Saint-Exupéry