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L’avenir du recyclage et du tri des déchets avec Lixo

A l’heure où les pays européens augmentent leurs objectifs de recyclage, notamment en France avec une ambition de 100% de plastiques recyclés en 2025, la gestion et le tri des déchets est plus que jamais essentiel. Pourtant, la matière recyclée est souvent mal perçue par les industriels, du fait de sa qualité parfois mauvaise.

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En partant de ce postulat, Olivier Large et Marjorie Darcet ont créé Lixo en 2019. Cette solution intégrant à la fois du hardware et du software a pour but d’aider les gestionnaires de déchets à analyser en temps réel et en continu les flux de déchets. Le but ? Identifier la composition des flux pour adapter les processus de tri et certifier la pureté et la qualité des déchets triés, pour un meilleur recyclage.

lixo

La genèse de Lixo : KrabyTech

Tout commence à Paris, près du canal Saint Martin. Olivier Large, co-fondateur de Lixo, est consterné par le nombre de mégots qui longent le canal. Il décide alors de concevoir un petit robot aux airs d’araignée, qu’il nomme KrabyTech. La raison d’être de Kraby est d’aspirer les mégots en ville en utilisant un petit module de reconnaissance d’images pour les identifier.

Marjorie Darcet, co-fondatrice, le rejoint en 2019 : “Je trouvais son projet intéressant et le robot amusant, mais je ne me voyais pas forcément entrepreneure”, nous explique t-elle.

Rapidement, ils s’aperçoivent que Kraby est difficile à industrialiser et ne permettra pas de participer à régler le problème de la gestion des déchets à grande échelle. En revanche, Olivier et Marjorie comprennent qu’il est possible d’étendre à d’autres types de déchets ce système de détection par computer vision. C’est sur ce sujet qu’ils décident de se concentrer en créant Lixo, avec pour ambition d’apporter une couche d’intelligence artificielle à l’industrie de la collecte et du tri de déchets, un travail majoritairement manuel, notamment sur le suivi qualité.

L’arrivée à l’incubateur X-UP

En septembre 2019, l’équipe de Lixo rejoint l’incubateur X-UP de l’École Polytechnique pour 6 mois : “Ce fut une vraie opportunité pour nous, le projet en était à ses balbutiements et l’incubateur nous a apporté un cadre, notamment parce qu’on a d’abord voulu aller sur le terrain avant de développer notre produit, pour comprendre les véritables problématiques du secteur”, raconte Marjorie Darcet.

L’industrie des déchets est très complexe : elle mélange public et privé, individuel et collectif, tout en traitant d’énormes volumes. Les 4 premiers mois de Lixo sont ainsi consacrés à explorer le secteur de la gestion des déchets, à rencontrer les acteurs des collecteurs, des centres de tri, des recycleurs et des municipalités pour comprendre leurs besoins, et à passer du temps auprès d’eux. “Avant de développer quoi que ce soit, il fallait voir si notre intuition se vérifiait dans les faits et s’il y avait un intérêt économique et industriel pour notre produit”, indique Marjorie.

L’intuition se vérifie : Olivier et Marjorie se rendent compte que les outils existants ne permettent pas un bon suivi qualité et la compréhension des fluxs de déchets. L’industrie des déchets réalise peu de contrôles qualité et seulement sur des échantillons, une dizaine de kilos observés à la main. Pourquoi ? Par manque de moyens. Les déchets sont difficiles à contrôler car aucun ne se ressemble : on ne peut pas identifier une bouteille en plastique une fois qu’elle est écrasée !  Or, les recycleurs souhaiteraient un contrôle qualité permanent pour s’assurer de la pureté des déchets qu’ils achètent pour les transformer.

C’est à ce moment-là que Lixo apporte sa valeur ajoutée, avec l’identification de déchets par computer vision. L’industrie des déchets est peu pénétrée par les nouvelles technologies. C’est un domaine où la plupart des acteurs investissent peu en R&D, car ils traitent des volumes gigantesques pour des matières à faible coût. “Une tonne de papier, ça ne rapporte que 30 ou 40€ !” ajoute Marjorie Darcet.

Comment fonctionne Lixo ?

Lixo est une solution hardware et software d’intelligence artificielle qui équipe les machines de tri, les chaînes de recyclage et les systèmes de gestion de déchets. Son algorithme de machine learning traite en temps réel et en continu des flux d’images pour identifier précisément la composition des déchets. Son objectif est d’aider les gestionnaires de déchets à améliorer leurs ressources et leurs performances.

Lixo prend la forme d’un boîtier qui comprend un micro-ordinateur, une caméra et des modules de transmission d’images. Le boîtier capte des images de flux de déchets et son algorithme de reconnaissance d’image détecte les déchets et leur composition. Pour des raisons d’économie d’énergie et de transfert de données, l’algorithme est directement intégré dans le micro-ordinateur pour éviter que les images transitent par le cloud. Seul le résultat d’identification des déchets est transmis sur les serveurs de Lixo, qui retranscrivent ces informations sur un tableau de bord accessible aux clients. Ceux-ci peuvent alors connaître le débit (nombre de kg par heure), la pureté des flux et la répartition de la matière pour recevoir des consignes de tri ou recalibrer les machines. L’algorithme identifie également les objets dangereux comme les éléments inflammables afin de les prendre en charge avant que cela puisse provoquer un incendie.

Améliorer le traitement des déchets

Le premier bénéfice de Lixo, c’est évidemment d’améliorer le traitement des déchets pour les collecteurs et les centres de tri. En analysant en temps réel et en continu les déchets, sur un tapis roulant ou dans un camion de ramassage, il est plus facile de connaître la pureté des déchets et de les trier. Si l’on se rend compte que la pureté se dégrade, on peut adapter la vitesse des tapis ou recalibrer les machines. Lixo apporte une vraie valeur ajoutée pour le contrôle qualité, sans remplacer le contrôleur, qui reste maître des décisions.

C’est aussi un énorme avantage commercial, ajoute Marjorie Darcet. L’objectif du centre de tri est de vendre sa matière à un recycleur. Cependant, celui-ci ne l’achète qu’à un certain niveau de pureté. Avec Lixo, le centre de tri peut attester de l’intégrité du flux et améliore la relation entre les deux acteurs”.

Certifier la nomenclature des déchets

Le second bénéfice de Lixo sert aux recycleurs, qui achètent des balles de déchets pour les réutiliser. Ils ont donc besoin d’être certains de l’intégrité des flux de déchets avant de les acheter aux centres de tri. Lixo permet de certifier cette nomenclature grâce à l’intelligence artificielle et l’analyse en continu des déchets.

Quand on recycle du plastique PET, la tolérance aux indésirables se situe entre 1 et 10 PPM, c’est-à-dire que sur une tonne de bouteilles en plastique, la tolérance est entre 1 et 100 grammes. C’est extrêmement sensible ! En même temps, qui voudrait trouver un mélange de plastique et de verre dans sa bouteille recyclée ?” explique Marjorie Darcet.

Pour les recycleurs, un taux d’indésirables trop important engendre une perte de temps, une perte de matière mais surtout une perte d’argent. Pour que la chaîne du traitement des déchets fonctionne, il est donc nécessaire de s’assurer dès le début que la matière est pure, d’où l’intérêt d’utiliser Lixo dès la collecte.

Identifier la qualité du tri des camions de ramassage

Les municipalités aussi ont leur rôle à jouer dans la gestion des déchets. En ajoutant les boîtiers Lixo dans les camions de ramassage des déchets recyclables ou dans des bennes à ordures, on peut identifier en temps réel la qualité du tri des citoyens. Cela permet à la mairie de connaître le degré de compréhension des consignes de tri par les habitants et les sensibiliser par quartiers avec des ambassadeurs de tri, ou aménager la fréquence des tournées selon le nombre de déchets collectés.

Le développement de Lixo se poursuit, notamment au travers de projets en Bretagne et dans le Centre-Val de Loire, à la fois avec de grands acteurs du secteur et des municipalités. L'équipe travaille également avec des prospects à l’étranger, notamment en Suisse. Pour mener à bien ces projets, l’équipe de Lixo se compose désormais de 6 personnes, dont 4 ingénieurs en datascience, mécatronique et web, pour améliorer en continu les performances de la solution. Afin de booster son développement, Lixo est aujourd’hui incubé chez Agoranov et Wilco, à Paris. Olivier et Marjorie lanceront dans les mois à venir une première levée de fonds.