Comment partir d’un problème pour en faire une solution ?

Par 18 novembre 2019Actu

La création d’une startup part généralement d’un besoin qui n’est pas comblé, et dont les entreprises ou les consommateurs n’ont pas toujours conscience. Pour le comprendre, nous avons interviewé trois entrepreneures passées par le centre d’entrepreneuriat de l’X : Zuzanna Kosowska-Stamirowska (NavAlgo), Nelly Pitt (BeautyMix) et Milie Taing (Lili.ai).

Faciliter : une vocation commune

Nous les avons interrogées séparément et pourtant, toutes expliquent pourquoi elles en sont arrivées à créer leur propre société : pour résoudre des problématiques. Zuzanna Kosowska-Stamirowska, CEO de NavAlgo explique ainsi : “je suis la facilitatrice, la traductrice en quelque sorte, qui permet à des gens issus de domaines et secteurs très différents de se comprendre”. Son intention a toujours été de rencontrer – et de se faire rencontrer – des experts dans différents domaines pour avancer ensemble dans l’innovation et créer de la richesse économique et sociale.

Nelly Pitt, CEO de BeautyMix, est quant à elle devenue ingénieure dans un premier temps pour résoudre des problèmes également et pas des moindres : “J’ai travaillé 12 ans dans l’industrie de l’eau, sur tous les continents”. Cela a consisté, notamment, en l’amélioration de la qualité de l’eau du robinet à Shanghai ou encore à la création d’une source d’eau potable respectueuse de l’environnement, malgré la sécheresse, en Australie.

Enfin, Milie Taing est elle aussi devenue facilitatrice à travers des tableaux Excel : « Au début de mon parcours, j’ai travaillé pour de très grands comptes, dans tous les départements, avec une “dominante chiffres”. J’ai ainsi travaillé au contrôle de gestion dans le domaine de l’ingénierie civile au Canada”. Il n’a pas fallu longtemps pour qu’elle soit repérée grâce à ses capacités dans ce logiciel qu’elle sait utiliser à 200% : “J’ai alors dû prendre à bras le corps un important projet de données chiffrées”.

Le déclic

Pendant sa thèse sur la prédiction du commerce maritime et alors qu’elle était enceinte, Zuzanna a rencontré le CTO de ce qui allait devenir NavAIgo : « nous avons écrit les grands traits de ce que nous souhaitions pour la société et quatre mois après mon accouchement, nous lancions NavAIgo ». Cette startup permet aux acteurs de la logistique d’adapter leur offre de services et de mieux planifier leurs opérations, grâce à leurs données et à l’intelligence artificielle : “Et cela, afin d’anticiper et répondre aux besoins de la logistique du futur.”

Pour y parvenir, la société combine l’expertise de chercheurs de premier plan, passés par Microsoft ou Google Brain notamment, dans les domaines de l’Intelligence Artificielle et de l’optimisation.

Pour Nelly, le déclic s’est fait à la naissance de ses enfants : “J’habitais en Chine et ne faisais pas confiance aux produits du commerce pour mes bébés”. Elle découvre alors qu’elle peut créer des produits de bien meilleure qualité, pour un coût imbattable : “Autour de moi, mes amis trouvaient la cosmétique maison trop compliquée, trop risquée, ou n’avaient pas le temps”. Alors, une fois encore, Nelly a cherché une solution : “J’ai donc voulu les aider à se lancer en créant une appli mobile”. Elle met alors au point des conseils, des recettes validées pour éliminer les risques, et un robot de préparation pour rendre les choses faciles et rapides : “Comme le Thermomix en cuisine ! “.

Quant à Milie, c’est dès son emploi au Canada que l’idée lui est apparue : donner aux entreprises une assistance virtuelle de gestion de projet, pour qu’elles aient, notamment, plus rapidement accès aux raisons qui expliquent les retards afin d’en déterminer les responsables. Pour cela, il faut analyser l’ensemble de la documentation. Mais au départ, elle fait face à un problème de taille : “Je découvre que, par rapport aux chiffres, les capacités des lettres sont plus que limitées… “. Tout comme à la perplexité de ses pairs : “ On m’a dit régulièrement que c’était de la science fiction : cruncher les lettres, se spécialiser dans le domaine des grands projets. Mais tout ce qui est écrit représente des millions d’euros de marge”. Autant dire des enjeux de survie pour les grands comptes comme pour les petites entreprises. Aujourd’hui, elle peut se targuer d’avoir « fondé l’unique entreprise dans le monde à traiter ce problème et qui va au-delà : vers la prévention, le temps réel et la prédiction ».

Des passages bénéfiques au centre d’entrepreneuriat de l’X

Zuzanna explique bénéficier d’un soutien permanent au centre et avoir pu, notamment, profiter des ateliers sur les questions de « pricing » ou de fiscalité : « On a aussi accès aux différents réseaux de Polytechnique, cela nous permet de rencontrer des gens qui sont passés par les mêmes étapes que nous, et des mentors ». Le centre apporte aussi de la crédibilité. Et lorsqu’il s’agit de vendre des solutions tech, la confiance en soi est essentielle. Zuzanna souligne aussi que beaucoup de startups disent faire de l’intelligence artificielle sans en faire vraiment : “cela a partiellement endommagé la confiance de l’industrie”. À l’inverse, le centre et la “marque” Polytechnique  permettent de valoriser les jeunes pousses pour développer des solutions qui apportent une réelle valeur ajoutée. Le centre les a aussi beaucoup aidés sur certains aspects marketing : « Nous sommes plutôt des scientifiques et notre priorité n’a pas toujours été d’avoir une communication bien huilée. Le centre nous met en contact avec des pro. On vient justement de tourner une vidéo. »

Pour Nelly, le centre a aussi été un booster : “ C’est grâce à X-Up que je suis passée du concept au produit, et surtout que j’ai pu le faire si rapidement”. Au sein du FabLab, elle a pu tester, itérer, fabriquer et donner forme à son robot en bénéficiant des ressources de l’école : “J’ai aussi énormément appris au contact des autres startups Hardware de l’accélérateur : l’échange est la meilleure manière d’éviter les écueils et j’encourage tous les entrepreneurs à parler de leurs problèmes !”.

Quant à Milie, l’arrivée s’est faite presque par hasard et grâce à un enchaînement heureux : “J’ai été directement mise en relation avec l’éco-système de l’X, avec les professeurs, les étudiants et les labos, et avec une communauté de startups ultra-innovantes. Des événements miraculeux peuvent s’y passer”. Et le soutien de l’X représente beaucoup : “nous sommes au contact des grands dirigeants, des grands comptes qui « ne sont pas de bons clients de startups » selon certains, pour nous c’est faux. Et l’X est un vrai accélérateur de contrat, cela joue énormément.”

NavAlgo compte désormais 15 salariés et recrute de nouveaux profils, sans avoir levé des fonds jusqu’à présent. Le robot BeautyMix a commencé à être commercialisé dans de grandes enseignes en avril 2019. Chez Lili.ai, le produit évolue constamment et l’entreprise recrute entre autres des contract managers et project managers. Et, cerise sur le gâteau : « nous recrutons des chefs de projets retraités qui sont prêts à donner de leur temps sur des emplois à mi-temps, pour bénéficier de leur expérience ».